Rose Ausländer is a Jewish poet from Chernivtsi. Despite her encounter with the horrors of the Shoah, she believed that the power of the word would relay a message of hope to humanity, perfect example of resilience; as a survivor from the Holocaust she has translated her hope through her poetic words. In our time of terrorism and antisemitism, it's important to share ways of resilience, and poetry can be an amazing way to trust in life again. I would like to write a novel about her, not a biography, but a kind of polysemic work, mixing translations of her texts and romanced story of her life, and parallel to this writing I will share this process on digital ways, reading some of her texts on videos, sharing pics and a diary of my European travel on social medias. I will meet Rose’s editor, a performer, a musician and members from the Jewish community in Berlin, Vienna and Prague…
Cette superbe affiche est l’oeuvre de Marie-Claude Camatta, talentueuse graphiste, poétesse et éditrice, et mon amie depuis… 1976!
Ce blog était un peu en sommeil, mais le Château de la Rose au bois dormant est bel et bien en train de se réveiller.
Du premier au seize juillet 2023, j’aurai la joie de partir outre-Rhin pour présenter mes traductions des poèmes de Rose Ausländer, des extraits du roman encore en gestation et des passages de l’essai paru en juillet 2022 aux éditions du Bord de l’Eau: Rose Ausländer, une grande voix juive de la Bucovine – collection Judaïsmes, dirigée par Antoine Spire.
Tout cela n’aurait pas été possible sans le soutien du Fonds Citoyen Franco-Allemand, puisque j’ai répondu, au nom de la Rose Ausländer Gesellschaft, à l’appel à projets « Voyage dans le temps/Zeitreise » et que nous avons obtenu une subvention.
Je me propose de venir présenter mes recherches afin de démontrer que le rayonnement de « la poétesse de Düsseldorf », personnage important de la scène littéraire allemande, commence aussi à s’étendre en France. Sa voix est d’autant plus capitale qu’elle est originaire de Czernowitz, en Ukraine… De nombreuses thématiques se croiseront à cette occasion: poésie, Histoire, Shoah, exil, migrations, traductologie, antisémitisme, engagements littéraires…,
C’est ainsi que je serai le 4 juillet à Düsseldorf, pour présenter mes recherches à la belle bibliothèque KAP1 , avec le merveilleux accompagnement musical de ma chère Eva-Susanne Ruoff et avec la présence précieuse de la magnifique comédienne Ruth Schiefenbusch, pour une lecture à deux voix. Les lectures seront suivies d’un débat modéré par Helmut Braun.
Le 6 juillet, j’aurai le plaisir de lire et de débattre à Wuppertal, dans la belle librairie GlücksBuchladen, en partenariat avec la dynamique Else Lasker-Schüler-Gesellschaft qui s’est associée au projet via son président, Hajo Jahn, en invitant le talentueux saxophoniste Thomas Voigt à m’accompagner en musique. Helmut Braun sera bien évidemment des nôtres! La ELSG a d’ailleurs fait une belle annonce de l’événement sur son site:
Lesung mit Musik am 6. Juli 2023 im Glücksbuchladen Wuppertal
Rose, zwischen Himmel und hier
Rose Ausländer (* 11. Mai 1901 in Czernowitz, Österreich-Ungarn; † 3. Januar 1988 in Düsseldorf) war eine deutsch-jüdische Dichterin und eine Schwester im Geiste von Else Lasker-Schüler. Um sie vorzustellen, lädt die ELS-Gesellschaft zu einer lyrisch-musikalischen Veranstaltung am Donnerstag, dem 6. Juli, um 20 Uhr in den Glücksbuchladen in Wuppertal-Elberfeld ein, Friedrichstr.52. Die deutsch-französische Autorin Sabine Aussenac liest in beiden Sprachen aus ihrem Essay über die Dichterin und aus dem Roman, den sie über Rose schreibt. Zudem werden Rose Ausländer-Gedichte zweisprachig vorgetragen. Die Moderation hat Helmut Braun von der Rose Ausländer-Gesellschaft, für die Musik sorgt der Saxophonist Thomas Voigt.
Die Schriftstellerin Sabine Aussenac lebt in Toulouse. Seit einigen Jahren beschäftigt sie sich mit Rose Ausländer, sie übersetzt sie ins Französische, arbeitet an einem Roman, der auch von Düsseldorf erzählen wird, da Rose Ausländer, die „Nachtigall der Bukowina“, lange in dieser Stadt wohnte, in der sie auch bestattet ist.
Der Deutsch-Französische Bürgerfonds fördert diese Lesetour, als Kultur-Brücke zwischen beiden Ländern. Die Autorin Aussenac freut sich sehr, gerade in Wuppertal, wo ihr Sohn studiert hat, ihre Recherchen zu präsentieren: „Rose, zwischen Himmel und hier“.
Enfin, le 8 juillet, c’est dans la ville natale de ma mère, Duisbourg, que j’aurai la joie de retrouver non seulement des membres de ma famille, mais le public fidèle de « Das PLUS am Neumarkt », sur une invitation du Kreativquartier Ruhrort, avec l’active participation de la société franco-allemande de Duisbourg, dont l’ancien président Wolfgang Schwarzer qui fera avec moi les lectures bilingues à deux voix. Et je ne suis pas peu fière que le jeune chanteur rhénan Philipp Eisenblätter ait accepté d’accompagner la soirée en interprétant sa chanson phare, das Duisburg Lied, et en mettant un texte de Rose en musique. Je vous laisser deviner qui modèrera la soirée… Et voici l’invitation proposée par Heiner Heseding:
Durant mon séjour, je prendrai aussi le temps d’explorer plus avant le fonds Rose Ausländer et de dire ses poèmes en divers lieux emblématiques. J’arpenterai Düsseldorf, Duisbourg et Wuppertal, et peut-être aussi Cologne, passant par exemple par le Nordpark, où se trouve le buste de Rose, au pied du foyer Nelly Sachs où elle vécut si longtemps, mais aussi la rue Rose Ausländer. Je dirai ses textes devant les synagogues, et devant des monuments ou en des lieux que je souhaite intégrer à mon roman, comme le musée Lehmbruck de Duisbourg, les berges du Rhin, la ville médiévale de Kaiserswerth, le parc des Sculptures de Wuppertal… Cette cartographie poétique fera l’objet de capsules audio et vidéo.
C’est une grande joie que d’avoir reçu aussi le soutien de l’association Hébraïca. Et je remercie radio Kol aviv et Robert Redecker de m’avoir donné la parole lors de l’Entretien infini, durant lequel j’ai pu évoquer l’oeuvre de Rose Ausländer et notre projet littéraire.
Enfin, j’en profite pour signaler les différentes captations vidéos faites le 2 mars 2023, lors de la présentation à la librairie parisienne Les Cahiers de Colette, sous la houlette d’Antoine Spire et en présence de Laurent Cassagnau qui a préfacé mon essai. Ayant souffert d’un lourd covid à mon retour de Paris, qui me laisse hélas des séquelles contre lesquelles je me débats encore, je n’avais pas pris le temps de les mettre en ligne ici.
Voici longtemps que Rose m’accompagne, et cette passerelle poétique entre mes deux patries, soutenue par l’esprit de l’Europe, m’est précieuse en ces temps où tonne à nouveau le canon en notre continent. Puissent la poésie et l’art apporter leur modeste pierre de résilience face aux barbaries.
Mon ami Helmut Braun, le découvreur et l’éditeur de Rose, devant ce beau portrait de Rose, lors d’une superbe exposition à Düsseldorf autour de Rose Ausländer, à la bibliothèque municipale.
(Récit du 12 juillet 2019 : pour des raisons techniques, les textes concernant le voyage de Rose n’ont pu être mis en ligne plus tôt…)
En allemant sur les traces de Rose en ce début d’été, je savais déjà que ce pèlerinage s’inscrirait en parallèle avec un monde où l’antisémitisme aurait à nouveau souvent pignon sur rue…
En effet, tous les quinze jours, un cimetière juif est profané outre-Rhin… Ma démarche s’inscrit dans une actualté brûlante, car rien n’est acquis… Et les dérives des populismes, dans le monde entier, de Bolsonaro au Brésil à Salvini en Italie, m’amènenet à penser que j’ai raison de vouloir écrire au sujet de Rose…
Le ministre des affaires étrangères Heiko Maas lui-même a récemment appelé à une extrême vigilance… Le rabbin Yehuda Teichtal, président du centre d’éducation juive Chabad de Berlin, a été en effet violemment agressé début août…
Car quand un rabbin reçoit des insultes et des crachats, c’est toute la communauté juive allemande qui est visée, et toute l’Allemagne qui ressent honte et dégoût… Heiko Maas affirme que le pire serait l’indifférence face à ces actes ignobles, car c’est bien l’indifférence qui a amené à la Shoah… Il me semble donc vraiment important d’évoquer, encore et toujours, la mémoire de la barbarie, pour lutter contre ses résurgences…
Par un heureux hasard, j’avais
choisi un hébergement tout proche de la « Gerhart Hauptmann Haus »,
de la Fondation Gerhart Hauptmann à Düsseldorf. Et en arrivant depuis la gare
centrale, c’est le visage de Rose qui m’accueillit, comme un signe…
Le 12 juillet, en attendant Helmut Braun, j’ai pu tranquillement me plonger dans la superbe exposition consacrée par Helmut Braun aux regards croisés sur Rose Ausländer et sur la poétesse américaine Marianne Moore, entre lettres, images d’archives et textes traduits.
L’exposition s’était ouverte sur une soirée d’introduction lors de laquelle HElmut Braun avait explicité les liens entre les deux poétesses, accompagné par les lectures en anglais de Cornelia Schönwald.
Marianne Moore a joué un rôle essentiel lors du changement de style opéré par Rose Ausländer, de nombreux écrits en témoignent et évoquent les textes anglais de notre poétesse, préludes à son retour vers l’écriture en langue allemande après la césure du silence, conséquence de la Shoah.
Le livre « Liebstes Fräulein Moore /Beautiful Rose », bien plus que le catalogue de cette exposition, riche et dense, dirigé par Helmut Braun, est aussi disponible aux bien nommées éditions Rimbaud :
J’ai pu aussi découvrir les locaux de cette intéressante fondation consacrée au rayonnement et à la mémoire de la culture des anciens territoires de l’Est de l’Allemagne, ainsi que des territoires occupés par des Allemands dans l’Europe du Sud, et à toutes les personnes déplacées lors des grandes migrations autour des deux guerres mondiales. La Charte dédiée à ces « Migrants » trône à l’entrée du bâtiment et m’a cruellement rappelé notre actualité… Et sur la façade, le touriste curieux peut admirer un carillon surplombant une belle citation :
„Der alten Heimat zum Gedanken, der neuen Heimat zum Dank“ ( « En hommage à l’ancienne patrie, en remerciement à la nouvelle patrie »). Voici quelques notes de ces cloches des renommées perdues, mais sauvegardées…
Helmut Braun arriva ensuite et ce fut comme si nous nous étions toujours connus, peut-être déjà liés par les écrits de Rose… Il faut dire que Helmut a consacré sa vie à cette poétesse qu’il a connue lorsqu’il était tout jeune écrivain et éditeur, qu’il a ensuite accompagnée jusqu’à la fin avant de ne cesser de diffuser son oeuvre immense…
Chaleureux, à l’écoute, très humain et simple malgré ses innombrables casquettes d’auteur, d’éditeur, de conférencier…, il commença par me montrer la salle de conférence Eichendorff, celle-là même où Rose reçut un grand prix littéraire en 1977, prix qu’elle partagera cette année-là avec Reiner Kunze : le prix Andreas Gryphius.
Helmut Braun dans la salle Eichendorff
Puis nous partîmes pour suivre les traces laissées par notre Rose au gré de la ville de Düsseldorf, en premier lieu vers l’ancienne « Pension Cordes », Gustav-Poensgen-Straße, dans laquelle la poétesse posa sa « valise de soie » en 1965.
Cette rue emblématique de Friedrichsstadt, encore aujourd’hui lumineuse et colorée malgré une récente polémique autour de l’installation d’un mur anti-bruit, hébergea donc la poétesse, qui composa ses textes en regardant se balancer la canopée des platanes…
Des mots bien différents de ses poèmes de jeunesse, orphelins des rimes et de l’enfance, ayant traversé l’Holocauste et les années d’exil et sans doute aussi influencés par « la » rencontre avec Paul Celan… En témoigne ce poème dont le titre est aussi celui du recueil rassemblant les œuvres de 1957 à 1963 :
Die Musik ist zerbrochen
In kalten Nächten wohnen wir
mit Maulwürfen und Igeln
im Bauch der Erde
In heißen Nächten
graben wir uns tiefer
in den Blutstrom des Wassers
Hier sind wir eingeklemmt zwischen Wurzeln
dort zwischen den Zähnen der Haifische
Im Himmel ist es nicht besser
Unstimmigkeiten verstimmen
die Orgel der Luft
die Musik ist zerbrochen
**
La musique est brisée
Dans de froides nuits nous vivons
avec des taupes et des hérissons
dans le ventre de la terre
Dans de froides nuits
nous nous enterrons plus profondément
dans le flux sanglant de l’eau
Ici nous sommes coincés entre des racines
là entre les dents des requins
Au ciel ce n’est pas mieux
des dissonances désaccordent
les orgues de l’air
la musique est brisée
Nous remontons en voiture. Je suis très émue de concrétiser le lien qui me lie à Rose depuis tant d’années en posant mon regard sur ce qui a été sa vie… Direction à présent Oberkassel, l’un des plus quartiers de la cité rhénane, réputé pour les splendides façades des splendides demeures patriciennes dominant les berges du Rhin.
Nous passons sur l’immense pont pour rallier l’autre rive, apercevant la grande roue installée pour la kermesse annuelle qui bat son plein, avant de nous garer non loin de l’église de la Résurrection dont l’image orne le site de la paroisse :
Car c’est dans cette église, située non loin d’un petit logement social loué, mais bien peu occupé par Rose durant les dernières années de sa vie, que notre poétesse donnera plusieurs lectures, grâce à son amitié avec le pasteur Reimar Zeller, théologien et historien de l’art, et avec l’épouse de ce dernier, l’écrivaine Eva Zeller.
Le 13 Mai 1971, des
poèmes de Rose furent aussi mis à l’honneur en musique dans cette église,
puisque le Trio Radio Zürich a, lors de son concert « Konfrontationen-
jazz et poésie en parroisse » joué sur ses textes et d’autres poésies
de Eva Zeller, Dirk Heinrichs, Peter Jokostra et Ernst Meister, une soirée qui
donnera même lieu à un enregistrement publié dans la maison de disque Asso en
1971…
Et c’est Eva Zeller, elle-même
poétesse, qui tiendra le discours de « laudatio » pour Rose Ausländer
lors de la remise du prix Ida Dehmel en 1977.
En 1972, Rose était déjà confrontée à différents soucis de santé, et reçut un agrément pour s’installer dans un logement social dans la Mönchenwerther Straße, traversant donc le Rhin pour venir vivre dans un modeste immeuble de briques rouges.
Mais en en fait, elle n’habitera pas vraiment dans cet appartement : très peu de temps après avoir investi ce nouveau lieu de vie, elle fera une chute et, privée de toute autonomie après cet accident, se verra proposer une chambre dans la Nelly-Sachs-Haus, la maison de retraite de la communauté juive de Düsseldorf, juste à l’orée de son cher Nordpark, à nouveau sur la rive droite du Rhin…
De 1972 à sa mort, en
1988, Rose demeurera donc en ce lieu assez spécifique, puisque d’une part
magnifiquement situé, et d’autre part empreint d’une réelle philosophie de vie,
comme en témoigne ce bel article que je vous invite à lire.
Certes, suite à des transformations, la chambre dans laquelle Rose séjourna, grabataire mais toujours active en écriture, n’existe plus, mais un petit salon porte encore son nom, et j’ai eu plaisir à marcher sous les frondaisons des arbres du Nordpark qu’elle affectionnait tant…
Helmut et moi prendrons
un café dans le parc, après avoir arpenté les allées et respiré le parfum des
roses. Il me raconte encore comment Rose, après avoir passé quelques années en
profitant encore de promenades au sein du parc, décidera un jour de son plein
gré de ne plus quitter son lit, sachant que somme toute elle pouvait malgré
tout continuer à y écrire… Et c’est depuis ce lit qu’elle dictera certains
textes au jeune écrivain et déjà éditeur Helmut Braun, avec lequel elle nouera
une relation quasi maternelle et très fusionnelle, unique. Tous les vendredis,
à 18 h 45, il avait la chance de pénétrer ainsi dans le petit appartement dans
lequel Rose bénéficiait même des soins d’une infirmière privée, et, au milieu
des manuscrits, des livres, la poétesse lui livrait des textes de plus en plus
aboutis. C’est ainsi que Helmut deviendra le dépositaire du Fonds Ausländer.
Ce poème décrit parfaitement
l’univers à la fois si réduit et si immense dans lequel Rose va vivre les
dernières années de sa vie, son lit un navire proustien, sa mémoire immense et
sa créativité totalement libérée malgré les entraves de la corporéité ; je
vous le livre avec cette jolie traduction en espagnol…
Depuis plusieurs années, Helmut Braun et la Société Rose Ausländer se battent pour qu’une partie du Nordpark prenne le nom de « Jardin Rose Ausländer », et je partage cette envie, tant l’on y sent encore sa présence palpable, entre les arbres et les allées tant évoqués au fil des poèmes… En effet, c’est lors de l’anniversaire des dix ans de sa disparition, le 3 janvier 2008, qu’Helmut formula cette demande au Schauspielhaus de Düsseldorf…
„Um dem Erinnern an Rose Ausländer in Düsseldorf einen Ort zu geben,
wünschen wir uns, dass ein Teil des Nordparks gegenüber dem Nelly-Sachs-Haus,
den Rose Ausländer sehr geliebt hat und in zahlreichen ihrer Gedichte
thematisiert, ihr zu Ehren « Rose-Ausländer-Garten » getauft wird.
Dieser Wunsch, den Helmut Braun am Ende der Lesung zum 20. Todestag im
Schauspielhaus am 3. Januar 2008 formuliert hat, fand beim Publikum viel
Beifall und wir hoffen, auch weiterhin auf Ihre Unterstützung zählen zu können.“
(à lire sur la page d’accueil
de la Rose Ausländer Gesellschaft :
C’est un peu plus loin, dans le Nordfriedhof, que repose Rose.
J’aime infiniment les cimetières allemands, et celui-là ne déroge pas à la règle : paisible, ombragé par d’immenses arbres, on peut y flâner comme dans une forêt… Rose est morte le 3 janvier, le jour de mon anniversaire, en 1988… Elle repose parmi d’autres tombes juives, et je vais déposer un petit caillou sur la pierre tombale, la matzevah, selon la tradition hébraïque. Le caillou provient du Waldfriedhof de Duisbourg, dans lequel est enterré mon grand-père allemand… En accomplissant ce geste hautement symbolique au regard de mon histoire personnelle et de mon lien avec le judaïsme, j’ai l’impression qu’une boucle est bouclée…
Helmut dépose un bouquet sur la tombe, de la part du neveu de Rose, qui vit aux USA. Il me raconte aussi l’anecdote liée à l’étrange inscription en hébreu, presqu’effacée, au-dessus du nom de la poétesse. Rose Ausländer a toujours entretenu un lien bien particulier avec le judaïsme, et, lors de sa disparition, son frère avait été choqué de voir que le Rabbin avait insisté pour que figure le nom de leur père sur sa tombe, selon la tradition ashkénaze ; il a ensuite tout bonnement repeint l’inscription… pour la rendre quasiment illisible… !
-je vous renvoie
modestement à mon mémoire de DEA si vous souhaitez en savoir plus sur ce thème…
Toujours sur le site de
la Société Rose Ausländer, j’avais pu lire qu’une rue lui serait dédiée dès
septembre 2019…
„September 2019
Düsseldorf, Enthüllung des Straßenschildes „Rose Ausländer-Straße » im Stadtbezirk Derendorf im Bereich der neuen Fachhochschule. Gemeinsame Veranstaltung der Rose Ausländer-Gesellschaft e.V., der Jüdischen Gemeinde Düsseldorf, des Kulturamtes und des Bezirksamtes Derendorf u.a. (Zusätzliche Informationen folgen)“
Et c’est vers cette rue tout juste asphaltée du district de Derendorf, sise en plein terrain vague et en cours de construction, que me mènera encore Helmut en fin de journée. La plaque n’est pas encore là, mais la rue existe donc bel et bien, terra incognita, un peu à l’image de cette poésie si vaste et bouleversante qui m’habite depuis 1995… Au bout de la mince bande goudronnée se dresse la silhouette apparemment inoffensive d’un bâtiment de briques brunâtres ; il s’agit de l’ancien abattoir de la Rather Straße, de sinistre mémoire, puisque plus de 6000 juifs y furent, entre octobre 1941 et janvier 1945, parqués, avant d’être envoyés vers des ghettos ( comme celui de Riga ou de Minsk) et vers les camps de Theresienstadt et Auschwitz…
„Nutzung des Schlacht- und Viehhofs während des Nationalsozialismus
Während der Zeit des Nationalsozialismus wurden Juden auf dem Weg in die
Deportation im Düsseldorfer Schlachthof festgehalten und vom nahe gelegenen
Güterbahnhof aus weitertransportiert. Der normale Schlachthof-Betrieb lief
weiter.Der Schlacht- und Viehhof diente nicht nur für Düsseldorfer Juden, die
deportiert werden sollten, als Sammelplatz, sondern auch für Juden aus dem
gesamten Regierungsbezirk Düsseldorf, also dem Einzugsbereich der
Staatspolizeileitstelle Düsseldorf. Die Deportationen von Derendorf aus fanden
zwischen dem 26./27. Oktober 1941 und Januar 1945 statt. Es wurden mindestens
6.000 jüdische Bürger aus der ganzen Region von Düsseldorf aus deportiert, so
etwa in die Ghettos von Lodz/Litzmannstadt, Minsik, Riga und Izbica bei Lublin
sowie nach Theresienstadt und in das Vernichtungslager Auschwitz-Birkenau.
Einen ausführlichen Bericht über eine Deportation verfasste der Schutzpolizist
Paul Salitter“
L’abattoir fut encore en
fonction jusqu’en 2002, avant que la plus grande partie du lieu et des
bâtiments ne soient dédiés à la construction du nouveau campus de la HSD, la « Hochschule
de Düsseldorf », et que seule une partie des anciens abattoirs soit
transformée en lieu de mémoire.
La rue Rose Ausländer
aura donc toute sa place ici, entre remémoration de la Shoah et culture…
C’est justement un joli bain culturel qui va clore cette journée intense en émotions et découvertes : de retour à la maison Gerhart Hautmann, je vais avoir le privilège d’assister au « Finissage » de l’exposition, qui s’ouvrira avec un beau discours prononcé par Helmut Braun, avant se de se terminer en apothéose avec la chanteuse et comédienne Gesine Heinrich, qui a mis en musique les poèmes anglais de Rose. Sa voix profonde et ses mélodies percutantes ou sensibles s’allient à la perfection avec les pleins et les déliés ausländeriens.
Voilà… La journée touche
à sa fin et j’ai l’impression que Rose a partagé beaucoup de choses avec moi,
avec vous… Et pourtant, il y a encore tant à dire…
PS: Quelques jours plus tard, je découvrirai avec bonheur une belle initiative de la communauté juive de Düsseldorf, au gré d’un article de la Jüdische Allgemeine:
Et je retrouverai Herbert Rubinstein, dont je vous ai déjà parlé dans l’article au sujet de Jan Rohlfing; en effet, ce rescapé de la Shoah était venu en fin d’année scolaire parler à des élèves d’un lycée de Düsselorf du projet de la S.A.B.R.A, (Servicestelle für Antidiskriminierungsarbeit – Beratung bei Rassismus und Antisemitismus ),( la cellule dédiée à la lutte contre les discriminations et au conseil autour du racisme et de l’antisémitisme de la communauté juive locale), projet consistant à éveiller les consciences des plus jeunes sur la thématique de l’Holocauste, en Ukraine et ailleurs, au moyen de différents ateliers.
Différentes initiatives ont été présentées à cette occasion, dont une BD autour du Journal d’Anne Franck, traduite en ukrainien, un mémory autour de symboles juifs, un roman graphique relatant la vie de cinq enfants juifs durant la Shoah, et un film autour de la vie d’Herbert Rubinstein… Ce projet est soutenu par les autorités politiques, et je me réjouis de voir que des voix, inalssablement, s’élèvent contre l’oubli.
J’ai pour projet d’écrire un
roman autour de Rose Ausländer, à laquelle j’ai consacré un mémoire de DEA en
2005, un peu à la manière de la « Charlotte » de David Foenkinos ou de
« Vivre ici est une splendeur », consacré à Paula Modersohn-Becker, de
Marie Darrieussecq, une sorte de biographie mâtinée d’imaginaire et entrecoupée
de mes propres traductions des poèmes de Rose.
En parallèle, j’ai imaginé la
création d’un événement participatif en rédigeant une sorte de « journal de
voyage », de Düsseldorf à Czernowitz (où je me rendrai dans un an), en
passant par des lieux de mémoire juifs -Berlin, Vienne, où Rose a vécu, Prague,
pour respirer l’air de la « Mitteleuropa », et en partageant sur
« les réseaux sociaux » (Facebook, Twitter, Instagram) le récit et des
photos et vidéos de ma quête, afin de sensibiliser aussi les jeunes publics à
cette démarche, un peu à la manière de « Eva-stories » sur Instagram…
Je diffuserai aussi le récit de
mes diverses rencontres, puisque j’ai d’ores et déjà rendez-vous avec l’ami et
éditeur de Rose Ausländer, l’infatigable Helmut Braun, et avec le musicien et
créateur Jan Rohlfing, qui vient de consacrer un CD aux textes de la poétesse.
J’explore actuellement d’autres pistes, afin de trouver des lieux de rencontre
pour des lectures poétiques autour de ce projet et de mes propres textes à
Düsseldorf, Berlin, Vienne et Prague, entre le 10 juillet et le 11 août 2019,
et souhaite aussi pouvoir être reçue par les communautés juives des villes
visitées. Toutes vos idées de contacts sont les bienvenues!!!
Le projet prend forme petit à
petit, et, si vous le souhaitez, je compte sur vos partages nombreux pour le
faire vivre, et pour donner de la crédibilité à cette démarche, qui s’inscrit
aussi dans la perspective d’une création protéiforme européenne, mêlant
histoire et actualité et nous sensibilisant, à la manière des
« Stolpersteine » -pavés de mémoire-, au Devoir de mémoire, se voulant
lutte concrète contre les populismes et les poisons de l’antisémitisme, mais
aussi bien sûr défense vivante de la poésie et de la littérature.
Le point d’orgue de ce périple d’engagements
littéraires participatif sera une exposition consacrée à ce projet dans un lieu
culturel de la Ville Rose, qui complètera une ou plusieurs lectures et conférences
autour de Rose Ausländer.